Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson

Edition : Julliard

présentation de l’éditeur

Année de sortie : 2017

Descriptif : roman de 194 pages, scindé en 3 chapitres : 1984, 2007, 2016.

Prix : 18 euros

ISBN : 2-260-02988-4

Auteur :

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Né le 29 janvier 1967, Philippe Besson, est l’écrivain de plus d’une quinzaine d’ouvrages, dont son premier En l’absence des hommes, en 2001, qui reçoit plusieurs Prix. Il est également connu pour ses qualités de scénariste, offrant à son public l’écriture de plusieurs films télévisuels et cinématographiques. Il sera également chroniqueur littéraire à la radio et participera à l’animation d’émission télévisuelle. Actuellement sur la chaîne numéro 23, il co-anime avec la journaliste Elizabeth Tchoungui, l’émission politique #MenuPrésident.

Son roman Arrête avec tes mensonges est son 18ème ouvrage, qui recueille le Prix Maison de la Presse 2017 et le Prix Psychologie du roman inspirant. Il est finaliste du Prix Blù Jean-Marc Roberts et de la neuvième édition du Prix Orange du Livre.

Comment vous donner envie de lire ce roman?

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Philippe Besson nous plonge dans une histoire que l’on devine autobiographique sur la période de son adolescence et la découverte de sa sexualité. Outre le fait qu’il y a romance, le personnage principal nous livre avec humilité et toute simplicité un témoignage émouvant et troublant des années 1980, avec des faits marquants cette période comme la découverte du sida, les jeux olympiques de Sarajevo, la tragique histoire de David Vetter, l’enfant bulle, mais aussi l’univers artistique où prédomineront des groupes comme Téléphone, l’artiste Jean-Jacques Goldman et ce fameux tube de Nena « 99 Luftballons »

L’histoire prend naissance lors d’une interview de l’écrivain dans le hall d’un hôtel. Il ne s’attend pas à cette rencontre qui va ouvrir tout un pan de sa jeunesse que nous découvrirons au fil de la narration. Ce n’est donc pas son amant de jeunesse qu’il retrouve mais bien le fils de cet homme qu’il a aimé passionnément. Son premier Amour, Thomas Andrieu, à qui le livre est dédié. Il ne lui avoue pas la nature de leur relation mais en lui posant la ressemblance troublante avec son père, le jeune Lucas n’est pas dupe et comprend que son père et lui étaient amoureux.

Le premier chapitre nous fait voyager dans la puissance d’une relation empreinte d’une grande pudeur entre Thomas, ce grand brun ténébreux mais aussi secret, peu loquace et le jeune Philippe, qui sait depuis ses 11 ans qu’il est homosexuel. Philippe nous confie sa timidité, sa maladresse à grandir dans ce corps qu’il n’aime pas, ses complexes de jeune adolescent mal dans sa peau qui s’évertue à dissimuler ses penchants pour cet autre adolescent qui, lui, attire les filles et l’ignore totalement. L’un est de la trempe de ces jeunes qui intriguent et ne plaisent pas, « le garçon des livres, des ailleurs », un intellectuel incompris qui se sent exclu, quand l’autre jouit d’une prestance qui en impose. Tout les oppose et pourtant, un jour, Thomas fait le premier pas et lui propose de se retrouver seuls tous les deux…

Nos deux amants passent du bon temps ensemble, rien ne doit paraître aux yeux des autres. Ils seront donc à s’ignorer devant les camarades de classe et vivront des moments terriblement torrides dans l’intimité. Dès le départ, Thomas qui parait distant, touche par cette sensibilité si pudique et cachée. On devine par son style nonchalant et une attitude qui semble détachée presque hautaine, qu’il se protège ne voulant laisser aucune place à l’attachement. Philippe le sentimental non dissimulé, est ce jeune dépendant affectif qui sait qu’il doit apprivoiser ce jeune amant avec patience et retenue, s’il ne veut pas l’effrayer et le voir fuir devant son abondance de sentiments. Après une complicité naissante que l’on imagine éternelle, la vie les sépare suite aux épreuves du baccalauréat. Thomas part brusquement en Espagne où il a de la famille, pour des travaux d’été et finit par y rester. Philippe quant à lui, quitte sa ville pour des études à Bordeaux, meurtri, fracassé par cette déchirure, il poursuit sa vie toute tracée pour lui.

La page est tournée.

Dans le chapitre deux, comme la madeleine de Proust, cette rencontre avec Lucas déploie chez Philippe tous les souvenirs refoulés depuis plus de vingt ans. Rien ne lui est épargné, la tendresse de leur joyeuse complicité, la douceur de leur sensualité, la ferveur de leurs ébats amoureux, la jalousie de voir son amant offrant un baiser à une jeune fille, la douleur de la perte…

Puis il apprend ce qu’il n’a jamais su, la vie rangée de Thomas, son retour en France, cette jeune fille enceinte qu’il épousera, les livres de Philippe qu’il lisait, lui qui n’aimait pas lire, les reportages suivis assidûment à la télévision dès que le nom de Besson était évoqué…

Le temps d’échanger les numéros de téléphone et Lucas disparaît dans le train le ramenant chez lui.

Je ne vous parlerai pas du contenu du chapitre trois, ni vous dirai si les deux amants ont repris contact ou non.

Neuf ans se sont écoulés entre les deux chapitres et ce qui suit  marque la beauté absolue de ce roman. Il est difficile pour moi de ne rien vous dévoiler, car c’est bien dans ces trente dernières pages que la force de l’ouvrage se révèle. Je tiens à respecter votre lecture.

Tout ce que je peux vous laisser comme suggestion est d’accueillir avec humilité la pudeur de ce témoignage.

Le style intimiste m’a littéralement séduite. J’aime découvrir les liens qui fondent une personne et l’auteur n’est pas avare en confidences, autant sur ses ressentis d’amant que ses craintes et traumatismes d’enfant, sa peur de l’abandon et les relations à l’autre qui en découlent. C’est une écriture limpide, simple à lire et quelques phrases pertinentes posées avec parcimonie lui portent une élégance et une subtilité intellectuelle qui n’est pas pour me déplaire. L’auteur décrit dans un style très décomplexé doté d’un érotisme fou leurs moments intimes. J’aime ce sexe aux mots crus, qui n’en est que plus simple, libre et passionné.

Evidemment ce livre je l’ai aimé, car je l’ai tout d’abord terriblement détesté. Je sortais d’autres livres puissants et je saturais à lire des ouvrages intimistes. Quand j’ai abordé le dernier chapitre, j’ai dit naïvement à une connaissance qu’il me fallait finir ce livre génial, mais que quelque chose m’empêchait de l’apprécier à sa juste valeur. Je rouvrais ce roman qui se lit vite pourtant mais sur lequel je traînais comme on marche à reculons. J’étais largement consciente des échos avec ma propre vie. Tant de similitudes ne pouvaient que me secouer intérieurement et je le refusais à ce moment là.

Je me suis prise un uppercut.

Un coup de larmes qui n’a pas pu être retenu malgré le lieu public où je m’étais posée pour finir l’ouvrage. Je suis certes une femme sensible, mais c’est la première fois que je pleurais d’amour, de sensibilité, de beauté devant une histoire aussi bouleversante. Je ne m’étais pas préparée à cela.

J’ai été surprise, en colère, fâchée de m’être ainsi laissée avoir par ce coup de force. Mais je suis aussi fair-play, j’ai souris et la vie aime nous surprendre.

En cela ce livre sera mon coup de cœur de l’année, non pour son style ou l’intrigue qui n’ont rien d’exceptionnels, mais bien pour l’émotion, la réflexion, la maturité et la réflexion qu’il offre.

J’ai hâte de connaître vos retours,

#CelloMuse

LivreToi
Et dis-moi si je t’ai donné envie de lire…

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