En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

Edition : Finitude

présentation de l’éditeur

Année de sortie : 2016

Descriptif : 159 pages qui s’ouvrent sur ces quelques mots de Charles Bukowski

« Certains ne deviennent jamais fous…

Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »

Prix : 15,50 euros

ISBN : 978-2-36339-063-9

Auteur :

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Olivier Bourdeaut est un écrivain né en 1980, En attendant Bojangles est son premier roman qui connait un vif succès, les droits de traduction sont cédés dans une dizaine de pays et l’adaptation au cinéma est prévue. Il en va sans dire que de nombreuses chroniques jalonnent les réseaux sociaux. Pourtant, quand je parle de ce livre autour de moi, je découvre que bien du monde ignore encore l’existence de ce roman.
Pour ma part, j’ai découvert Olivier Bourdeaut lorsqu’il s’est confié sur son édifiant parcours auprès de Frédéric Lopez dans l’émission 1001 vies que je vous invite à regarder.

Je suis littéralement tombée en amour devant l’histoire quelque peu improbable de cet enfant en situation d’échec scolaire, que son père incitait à lire. Une fois adulte, errant de petits boulots en canapés chez ses potes pour survivre, il fut hébergé par son frère qui avait alors saisi ses qualités d’écrivain. De ces deux années de sédentarité, est né un premier roman Sombre, qui ne connait pas d’accroche éditoriale. C’est alors qu’il travaille cet ouvrage. Après les critiques négatives de sa grand-mère qui n’aime pas cette histoire, naît le succès qu’on lui connait aujourd’hui.

Son roman est récompensé par 6 prix littéraires,

Grand Prix RTL / Lire
Le Roman des étudiants France Culture / Télérama
Prix roman France Télévisions
Prix Emmanuel-Roblès
Prix de l’Académie de Bretagne
Prix Hugues Rebell

Page 157, l’auteur s’offre ses quelques lignes prémonitoires : « J’avais appelé son roman En attendant Bojangles, parce qu’on l’attendait tout le temps, et je l’avais envoyé à un éditeur. Il m’avait répondu que c’était drôle et bien écrit, que ça n’avait ni queue ni tête, et que c’était bien pour cela qu’il voulait l’éditer. Alors le livre de mon père (…) rempli toutes les bibliothèques de la terre entière. »

Il faut croire que cela lui a porté chance.

Comment vous donner envie de lire ce livre ?

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Je ne vous cache pas que cette lecture m’a particulièrement touchée par son style narratif et les thématiques abordées. J’aime ces lectures à double sens, ces littératures où naïveté et pertinence se juxtaposent, où poésie et humour cheminent tout du long durant.

Le ton est donné d’emblée, dans les pensées d’un enfant d’une dizaine d’année, Georges, le père est présenté comme un homme travailleur, ouvrant des garages, il se proclame homme de loi, menant un traquenard avec son ami le sénateur qu’il nomme l’Ordure. Celui ci, à l’origine des contrôles techniques, lui offre une activité florissante, les garages se multiplient et les affaires tournent. C’est ainsi qu’il peut revendre son entreprise, assurant aux siens une rente confortable, et la possibilité de se consacrer à ses talents d’écrivain.
La mère, dont on ne connait pas le véritable prénom, tant son mari ne l’appelle jamais plus de deux jours de la même façon, vit dans un monde parallèle, celui de la maladie psychique, qui s’aggrave au fil du temps. Mais cette folie n’est pas un problème, toute la famille s’en accommode et arrange la réalité pour que la vie soit supportable. On ne peut que faire le parallèle avec cet autre père qui détourne la réalité des camps de concentration dans le film de Roberto Benigni, La vie est belle. Le tout n’est pas de se voiler la face, mais de permettre à des êtres chers de ne pas trop souffrir. Il en résulte de nombreuses drôleries, Georges et sa femme s’inventent des histoires à longueur de journée pour supporter cette maladie qui a tous les traits de la bipolarité.

Le fils quant à lui, trouve un peu de répit quand il côtoie l’école. Là bas, il se doit de mentir à l’envers, quand chez lui il ment à l’endroit. Il finit par ne fréquenter l’établissement que l’après-midi tant la vie survoltée de ses parents l’ouvre à des nuits festives, bien alcoolisées où « débats et monologues enflammés » prennent de toute évidence le pas sur les matinées d’école. Pour justifier ces absences quotidiennes, sa mère tempête ses élucubrations auprès de l’institutrice : « mon fils est un érudit oiseau de nuit qui a déjà lu trois fois le dictionnaire, et vous voulez le transformer en mouette couverte de cambouis se battant dans une marée noire d’ennuis »! Ses longues tirades, comme à chaque fois qu’elle se lance dans des explications décalées, attendrissent le père, qui, pour donner le change auprès de son fils, « fait semblant de ne pas avoir l’air trop surpris et malheureux ».

Vous l’aurez compris, la malice est nichée dans chacune des péripéties que vivra la famille, comme lors de ce kidnapping organisé afin de sortir la mère de l’hôpital psychiatrique où elle fut contraint d’entrer après avoir mis le feu à leur appartement.

« Le déménagement dans la tête de (cette) maman » connait alors une phase de stabilité pour reprendre de temps à autre en Espagne où toute la famille se réfugie dans ce château acheté grâce à l’argent des garages.
Elle suivra une logique, celle de la folie douce d’une femme qui naïvement vit sans filtres. Tout à une explication loufoque et comme le disait si justement Georges lors de leur rencontre amoureuse, « elle avait réussi à donner un sens à (sa) vie, en la transformant en un bordel perpétuel ».

Il y a ses piles de courriers où le fils pourrait jouer à se vautrer dedans, une maison sans dessus dessous qui ne cache en rien les symptômes d’une famille malade. Pour ne pas dramatiser tout cela, le mince équilibre familial ne tient que grâce à la fantaisie et le jeu de chacun des protagonistes. Et n’oublions pas le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, ce bel oiseau exotique, qui couronne cette douce aventure familiale, apportant fraîcheur, légèreté et fantaisie. Ce volatile nous rassure en un sens sur l’irréalité d’un tel univers. Ce n’est donc là qu’un roman, une histoire inventée de toute pièce, qui ne dresse en aucun cas le tableau d’une réalité terre à terre.

J’ai lu que certains n’aiment pas que l’on se joue ainsi de la maladie psychique. Sincèrement, je suis enchantée que l’on puisse ainsi la dépeindre, car malgré l’humour qui déborde de ces lignes, une autre lecture s’impose à nous sur la dure réalité de la maladie. Et je trouve que le talent d’Olivier Bourdeaut réside dans cette double et sensible écriture entre un fils qui n’est au final pas si dupe et voit bien que le père ne ménage pas ses efforts pour masquer l’évidence, et ce père qui pose une justesse plus amère de ce qu’endure la famille. Cette nuance d’écriture fait le génie de ce livre. Alors oui, la maladie psychique est une réelle douleur pour l’entourage et le patient lui même, mais ici, nous sommes dans un roman et l’écriture a ce pouvoir d’inventer toutes les vies possibles aussi improbables soient elles.

La narration se construit au travers du regard de l’enfant et du père. Tantôt l’un, tantôt l’autre, cette dualité permet d’exposer un angle de vue plus large sur cette romance amoureuse. Ce couple est autant animé d’une tendresse affectueuse, que d’un amour inconditionnel pour leur fils. C’est la première chose qui transpire de ce livre. Ce n’est autre que « l’histoire d’une famille qui, comme toutes les familles a ses problèmes, ses joies, ses peines mais qui s’aime beaucoup ». La mère s’amuse à « picorer » son fils qui ne se plaint pas de ce traitement d’amour excessif, vivant toujours dans l’espoir que la guérison pourra un jour apaiser celle pour qui il ferait tout.

La vie semble allégée par ces multiples mirages imaginaires, mais au fond, la maladie psychiatrique est justement abordée, et l’on sent bien quand le père s’exprime, qu’il s’impose ce jeu pour protéger sa femme et son fils. « Il savait faire de beaux mensonges par amour ». C’est à la naissance de leur garçon qu’il décide de stopper son activité prospère pour devenir écrivain, « conscient que (cette) folie pouvait un jour dérailler,(…), mais avec un enfant, (son) devoir était de s’y préparer, il ne s’agissait plus désormais de (son) seul destin « . Cette reconversion permettra de maintenir l’équilibre. Il est par ailleurs assez évident de constater que ce don pour la mythomanie est aussi ancré chez Georges. Au fond, ce couple était fait pour se rencontrer, « cette folie lui appartenait aussi, elle ne pouvait exister que s’ils étaient deux pour la porter ». A plusieurs reprises, je me suis posée la question de sa propre santé mentale, de toute évidence, il faut être soi même assez « taré » pour se dévouer à ce point et permettre à l’autre de vivre sa propre folie aussi pleinement.

Cette histoire familiale est d’une grande beauté, les personnages sont attachants, l’intrigue toujours plus ubuesque me rappelle les épopées du film de Jonathan Dayton et Valérie Varis Little Miss Sunshine. Le rythme est pulsé, on ne s’ennuie pas, le subtil mélange de personnages aux noms improbables et cette puissance émotionnelle font de ce roman un tableau dépeignant l’amour, la maladie, l’unité familiale, la déraison. Puis c’est un roman de divertissement, offrant en fond sonore cette douce mélodie de Nina Simone Mister Bojangles que j’ai redécouverte en écrivant cette chronique.

C’est une lecture facile, qui m’a totalement conquise, un ouvrage abordant ainsi la maladie mentale ne pouvait pas me laisser indifférente. Je vous encourage à vous faire ce cadeau le temps d’un après-midi, à condition que vous aimiez le second degré et les univers décalés.

J’ai hâte de découvrir le prochain roman de l’auteur, autant de générosité est magnifique, rendez-vous en janvier 2018…

#CelloMuse

Livre Toi
Et dis moi si je t’ai donné envie de lire…

PS : Pour gagner ce livre en format poche, je vous ai préparé un petit concours, ICI.

Bonne chance aux participants ( modalités du #ConcoursLivreToi1 sur la page dédiée )

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