Je te nous aime – Albane Gellé

Edition : Cheyne-Editeur

présentation de l’éditeur

Année de sortie : 2004

Descriptif : 103 pages de courts poèmes sur le thème du lien amoureux. Préface de Philippe Longchamp, poète français né en 1939.

Prix : 19 euros , disponible.

ISBN : 978-2-84116-092-1

Auteur :

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Albane Gellé est une poétesse française, née le 7 décembre 1971. Son oeuvre se compose de 16 recueils de poésie. Elle signe avec celui-ci son neuvième ouvrage. Diplômée en Lettres modernes, elle s’engage au sein de l’association « Littérature et Poétiques  » devenue Maison des littératures qui propose plusieurs actions autour de la poésie. Elle intervient pour des manifestations, des formations et des lectures de poésie à travers toute la France.

Elle reçoit en 2003, le Prix des découvreurs avec son recueil L’Air libre et obtient en 2010 et 2012, une bourse de création ainsi qu’une aide à l’édition du Centre National du Livre.

Elle tient un blog où figure notamment le poème de la semaine.

A la rencontre d’Albane Gellé

Comment vous donner envie de lire ce recueil de poésie ?

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Quand je feuillette cet ouvrage, je découvre, entre mes mains, des pages pleines de grâce. Albane Gellé nous offre ici quatre-vingt-dix poèmes de trois à six lignes. Cette lecture éclair d’un quart d’heure sur le thème de l’amour suit un fil conducteur, celui de l’évolution du sentiment amoureux d’une femme que l’on devine inconfortable, profond, interrogeant sa propre intériorité.

Le recueil est dédié à Plume. J’imagine qu’à l’instar de ce prénom, Albane Gellé a voulu proposer un travail aéré, léger dans sa forme et son allure. Chaque poème est posé en haut de la page, laissant un immense espace vide sous le texte, ce qui sert l’aspect épuré et design de la présentation.

En ouverture de chaque poème, trône un « Elle » ou « Il » totalement indépendant du texte qui le suit. Cette présence souvent doublé du même pronom personnel n’apporte rien d’autre qu’un effet sonore répétitif et un mouvement saccadé.

Je suis conquise par cette allure et bien avant de lire l’ouvrage je pressens quelque chose d’intense et de différent de la poésie classique.

Effectivement, la poétesse nous conduit au fil de la lecture, dans les doutes et les perceptions de cette « Elle » qui est néanmoins le personnage central et narratif contrairement à « Il » qui n’est autre qu’une présence passive, induite par son amoureuse.

Il y a toutefois d’autres « il », « ils » et « elles » qui apparaissent et l’ouvrage s’ouvre par celui qui désigne le père de la narratrice.

il

a perdu sa fille, il n’était pas très vieux.

Sur la route un accident, il a perdu sa fille parce qu’il est

mort.

Cette inversion dès le départ crée un effet de surprise, lui-même accentué par les anacoluthes, figure de style principale de la poétesse.

Il n’y a ni queue ni tête dans ces textes pourrait-on croire, mais à poser un esthétisme littéraire à l’encontre de nos standards, Albane Gellé permet de libérer les mots, leurs donnant un souffle très contemporain, presque surréaliste.

Il y a une mouvance faite de cassures et de changements rythmiques. Tout ceci découle de phrases courtes puis de paragraphes écrits d’un seul trait, de ponctuations inexistantes ou placées de manière qui semble aléatoire. Le lecteur voyage dans un vent de liberté, si cher à l’écrivain.

elle

pour un seul homme met ses bas noirs et sa culotte de dentelle.

Même pas vulgaire elle veut le croire, il la rassure.

La perte de repères stylistiques est intéressante. Elle épure le texte qui s’affranchit des contraintes syntaxiques et en même temps, elle nous ouvre à l’essentiel : le sens du contenu.

C’est là que je  suis fascinée par la puissance de ce recueil . En peu de mots et de phrases, Albane Gellé nous invite à l’introspection et l’interrogation quant à notre propre essence et nos propres aspirations de vie.

« Elle » interroge la perte du père, tout en recherchant son amour à travers cet homme qu’elle aime mais qui semble lui même pris dans des considérations de torpeur interpersonnelle.

il

soigne les autres en même temps qu’il cherche ses îles, ses ailes à lui.

elle

en a marre des ils qui ne tiennent pas debout tout seuls.

elle

une petite fille, est devenue une maman. Quand sera-t-elle une femme?

il

et elle savent les souffrances pour sortir de leurs ombres,

se désencombrent de leurs peurs,

osent quel scandale se servir du mot joie.

Vous l’aurez perçu, ce que propose Albane Gellé est très atypique.

Dans l’idée du calligramme, l’ensemble de l’oeuvre forme une esquisse de sentiments qui se juxtaposent au travers des mots. Les différents thèmes abordés sont l’amour, la maternité, la féminité, la mort, le deuil, la perte, la jalousie, le doute, les états d’âmes, la fidélité, l’épanouissement personnel, l’engagement amoureux. Le lecteur se retrouve plongé dans un champ notionnel intemporel et universel.

L’ouvrage s’adresse à notre propre intériorité, encore faut-il adhérer à la dimension artistique qui prédomine par la forme.

C’est un réel coup de cœur littéraire que je me laisse à redécouvrir de temps à autre comme une douce caresse poétique sur fond d’analyse introspective.

Belle lecture.

#CelloMuse

LivreToi
Et dis-moi si je t’ai donné envie de lire…

 

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